2003, Plaisir de Lire
167 pages
Quatrième de couverture: Qu’on ne s’y trompe pas : elle est lucide, Catherine, et c’est volontairement qu’elle choisit de se plier aux exigences feutrées de sa famille. Parce que – telle une mystique d’un autre temps égarée dans une galerie marchande – elle aspire à ces amers délices, à ces suaves douleurs nées de renoncements consentis. Et c’est volontairement aussi qu’elle choisit, quand le temps lui paraît venu de se libérer, de partir, sans se retourner.
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Extrait des Pieds de l’ange
I
— Eh bien, dit gaiement Plantamour.
L’odeur de la colle d’amidon et du papier frais emplissait la chambre des enfants.
Germaine se haussa sur la pointe des pieds
— Merci, père.
Et elle l’embrassa.
Mais ensuite elle se détourna, s’essuyant sans en avoir l’air le visage à son épaule.
— Merci, père, dit Catherine, un peu oppressée, posant sa main sur le bras de l’homme.
Les murs étaient couverts d’oiseaux de paradis, renversés, les ailes ouvertes, rouges, bleus, jaunes, verts, orangés, dans la lumière des houppes et des panaches.
— Le rouge est à moi, cria-t-elle.
Elle essayait de le couvrir avec la main.
— Laisse donc, dit Germaine en la secouant. Tu vas tout salir. Et puis tu es sotte. Ils ne sont pas vrais. Ils ne sont à personne.
— Si, dit Catherine.
Et elle pleura.
Pourquoi Germaine empêchait-elle ses jeux ? Pourquoi avait-elle toujours raison ? Pourquoi avait-elle fait fuir Jessie Bell avec la grappe de raisins secs ?
— Sers-toi, avait dit bravement Catherine à Jessie, lui présentant, intacte, la grappe de raisins secs.
Jessie prend le bout de sarment, le soulève, et la grappe se lève aussi.
— Mais va-t’en donc ! avait crié Germaine.
Catherine était restée interdite, la boîte vide dans les mains, sauf les grains détachés, épars au fond…
— N’est-ce pas ce que tu avais voulu ? demandait Germaine.
— Si, dit Catherine.
Mais elle pleurait.
Catherine entendit leur mère qui disait :
— Il va falloir payer tout ça !
Elle montrait les oiseaux éteints sur la moiteur fraîche des murs.
— Mais naturellement, Thérèse, dit Plantamour.
Il prit ses filles par la main et se mit à les faire tourner. C’est Germaine qui dansait le mieux. Elle s’habituait tout de suite à la joie.
Etienne rentra. Il faisait presque nuit. Leur mère voulut le caresser, mais il retira son visage. Il marcha droit à la fenêtre et tourna le dos.
On avait toujours peur de ce que diraient père et Etienne lorsqu’ils étaient ensemble.
Ses cheveux étaient sur le cou comme la laine d’un jeune animal.
Catherine le rejoignit et elle lui prit la main. Une fenêtre s’alluma, en face. Une femme entrait. C’était la femme de Nathan Kemptchinsky, le marchand de drap. Elle enleva sa longue blouse de toile, retira sa robe par le haut. Elle avait les bras blancs et ronds. Etienne regarda Catherine; il riait, le coin de sa bouche se haussait en tremblant et ses yeux brillaient sous les cils.
Il sortit derrière les autres. Catherine se mit à jouer dans un coin. Elle jouait sans faire de lumière. Il y avait l’acrobate, les jongleurs, une princesse sur un éléphant, le paillasse, un danseur de corde et beaucoup de bêtes. La princesse donnait aux bêtes ce qu’elles voulaient et les jongleurs jonglaient avec du feu.






Beaucoup de suspense...
Me réjouis d'assist...
En un jour (ou un pe...