2010, Plaisir de Lire
298 pages
Postface de Catherine Dubuis.
Après La belle Orange, recueil de nouvelles paru en 1944 et réédité par nos Editions en 2004, voici un nouveau recueil, Festival, publié à Lausanne (L’Abbaye du Livre) en 1958. Sept histoires où l’on retrouve, outre le plaisir de conter, l’art de Clarisse Francillon pour camper des personnages dessinés en quelques traits, et que l’on ne peut oublier.
Toutes ces nouvelles sont dominées par une vision du monde âpre et sans illusions, où parfois affleure l’humour, mais où plus souvent grince l’ironie. C’est en particulier grâce à cela que ces textes gardent une singulière modernité, et valent d’être redécouverts. Sans parler de la narration, alerte, rapide, experte en dialogues vivants, en portraits saisissants de vérité, en aptitude à fouiller les cœurs, à y dénicher les mensonges, les faux-semblants, et à les exposer au grand jour, sans pitié souvent, mais avec tendresse parfois.
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Commande : No 258
Prix : CHF 23.- (€ 17.50.-)






J’ai beaucoup aimé le recueil de nouvelles Festival, de Clarisse Francillon. Dans « Festival », la première nouvelle, Hélène se rend compte qu’elle est amoureuse d’Alberte, son amie d’enfance, devenue musicienne. Arrivera-t-elle à lui avouer ce qu’elle peut à peine s’avouer à elle-même? « Mais il y a » met en scène le personnage de Cousse, dont l’attitude très protectrice envers sa belle-fille Nicolette cache des motivations peu louables. « Le Banquet des ombles » réunit deux femmes, Thérèse et Véronique, la femme et la maîtresse d’un défunt, au sein d’une communauté religieuse menée par une autre femme qui aime provoquer des confessions publiques pendant les célébrations. « La ligne » raconte l’histoire d’une mère et d’une fille que tout oppose. Lorsque la mère ramène son jeune amant à la maison et oblige sa fille à être présente, la tension entre les deux femmes monte d’un cran. « La Fille de salle » est l’histoire de Yole, une serveuse qui a sauvé de la mort un jeune homme surprotégé par sa famille. « Mon frère » est raconté par Minne, qui adule son frère Reynald, au point d’être la complice de ses nombreuses aventures féminines… « Rue des terres-au-curé numéro 7″ raconte comment Tilo, amoureuse de l’un de ses colocataires, va affronter l’arrivée d’une nouvelle jeune femme dans leur petite communauté.
Ces histoires sont racontées parfois à la première personne, parfois à la troisième, et, si l’on peut en tirer un thème commun, c’est certainement celui de l’amour contrarié, voire impossible, un amour contrarié par la morale, la mort, la jalousie, la différence d’âge, l’inconstance, ou simplement l’éternel malentendu entre deux êtres qui ne tiennent pas à l’autre de la même façon. Pas de fin heureuse donc dans les nouvelles de Clarisse Francillon, parfois une résolution franchement pessimiste, d’autres fois une fin ouverte, mais qui ne laisse pas beaucoup d’espoir. Cette vision du monde, que Catherine Dubuis, dans une postface, qualifie de « âpre et sans illusions », m’a un peu rappelé les nouvelles de Guy de Maupassant.
Le style de Clarisse Francillon est clair et efficace. En faisant des focalisations internes sur plusieurs personnages différents au sein de la même histoire elle nous permet d’appréhender les événements selon plusieurs points de vue. Le dialogue est très présent, rendant la narration vivante. Ce qui m’a le plus frappée est la modernité des nouvelles, aussi bien au point de vue thématique que narratif, qui fait de Clarisse Francillon une auteure qui vaut la peine d’être découverte ou redécouverte…
Oui, cette auteure est bourrée de talent ! Il faut la découvrir, la lire et la relire, c’est de la belle littérature et qui a ses origines à Saint-Imier !
J’attends avec impatience la sortie de sa biographie! (aux éditions Plaisir de Lire bien sûr
)