Crimes sacrés, sacrés meurtres

Auteur: PAUDEX, Yves
ISBN: 9782883870802
Date de parution: 29/08/2019

Crimes sacrés, sacrés meurtres

25,00 CHF
Catégorie :

Description

Par un lundi de novembre gris et venteux, la quiétude de la campagne vaudoise se trouve ébranlée : un tronc humain est découvert parmi les broussailles des Ormonts. Valentin Rosset, flic en fin de carrière à la police de sûreté vaudoise, est chargé de l’enquête.

Dépassé par un environnement en constante évolution dont il peine à suivre le rythme, l’inspecteur patauge et tente de cohabiter avec la jeune génération, aux méthodes bien plus scientifiques. Pendant ce temps, les cadavres continuent de s’entasser…

Ce polar à l’intrigue habilement déployée va chercher au plus profond de la sensibilité humaine. En parallèle de l’enquête se révèle l’histoire d’une lignée malmenée par la vie sur plusieurs décennies, interrogeant le poids du passé sur le présent : lorsque le malheur a tant frappé, devient- il une fatalité ou reste-il encore la possibilité d’être heureux ? C’est ce que Valentin lui-même devra déterminer.

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– Dufour du centre d’engagement. Tu peux enfiler ta gabardine, Valentin. Un cadavre a été découvert au Sépey dans un endroit impossible, sauf pour les renards à ce qu’il paraît.
– Les Ormonts en ce jour des morts, tu n’as rien trouvé de plus appétissant au menu ?
– Désolé, mon vieux. L’identité judiciaire est déjà en route.
– Qui procède au bouclage ?
– Le sergent Mermod.
À contrecœur, le policier enfila son pardessus. Il n’y avait rien de pire que l’odeur d’un cadavre en décomposition pour commencer la semaine.

La bise noire rasait les collines, creusait le lac, empêchait la pluie d’automne de toucher le sol. Sous l’assaut tempétueux, les arbres mis à nu se tordaient. Des feuilles arrachées par poignées, froissées par le vent, tachetaient le bitume d’éclats de couleur. Le tunnel de Glion, fermé pour cause d’accident, l’obligea à quitter l’autoroute pour se faufiler entre les vignes nues, avant d’endurer l’interminable chapelet de feux rouges longeant les quais. sous le lavis du haut-Lac, les lucioles des phares de détresse scintillaient. Les rues désertes distillaient une lumière acide. Le microclimat de la riviera s’était évaporé dans la tourmente. La météo exécrable n’était hélas pas la seule source de son animosité. Rosset peinait à dompter ses pulsions. Ces bouffées hargneuses lui permettaient peut-être de repousser un peu plus loin ses accès de mélancolie, de les évacuer un peu plus vite. Mais à quoi bon ressasser, clabauder, fustiger ? Fabriquer de l’amertume à longueur de journée ne guérit pas du diabète.
Sans approfondir davantage, son humeur reflua lorsqu’il vit le château de Chillon se dissoudre dans la brume de son rétroviseur. Perdues au loin dans les nuages, les montagnes, devinées plus que vues, dressaient leurs masses hostiles.
Dès les premiers lacets du col des Mosses, les rafales moururent face à un rideau de pluie drue crépitant sur la carrosserie, vernissant la chaussée. d’un coup, tout devint plus sombre. Valentin eut la sensation de quitter le reste du monde.
Yeux rivés au pinceau lumineux des phares, il savait que tout là-haut les tours d’Aï et de Mayen crevaient des vagues de nuages. En contrebas, au fond d’une gorge aux chairs éventrées, grondait le tumulte d’une rivière. accrochée à la paroi, la route serpentait. Peu après un tunnel, son ruban oscillait presque sur l’énorme masse instable du « glissement de la frasse ». Un jour plus ou moins lointain, quarante millions de mètres cubes en équilibre précaire depuis des siècles se détacheraient de la montagne pour s’écraser dans la vallée. Cette pensée le renvoya aux exercices catastrophes des services de sécurité. Une escouade de Cassandre planchait à l’année sur des scénarios de cataclysmes censés rester secrets. On prévisionnait, supputait, extrapolait.
Le cadavre qui l’attendait était lui bien réel et la conduite sous ce déluge plus périlleuse que les prévisions dantesques des prophètes de bacs à sable. Il les chassa de son esprit et poursuivit sa route avec pour compagnie la musique des gouttes martelant le toit de la voiture.

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